7 mai 2020

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la lecture du jour : Grand-Mère s’en va-t-en guerre

Grand-mère a été une petite fille, elle aussi. Ça me fait toujours rire quand elle me dit ça. Petite fille ? En short, avec des tongs et des T-shirts ? Noooon ! Non. Elle est honnête Grand-mère, elle ne raconte pas n’importe quoi (pas de balivernes, c’est son mot à elle). Quand elle était petite, c’était la guerre. La vraie. Dans son pays ! On n’avait pas encore inventé les tongs. Mais les tanks et les fusils et les bombes, oui. Tout cela existait depuis très longtemps. Et la méchanceté aussi.

J’ai peur et en même temps, j’aime bien quand elle me raconte des histoires de ce temps-là. Grand-mère, qui vivait loin dans une ville du Nord, avait été obligée de traverser toute la France avec sa famille, pour fuir les bombardements et éviter la mort. Elle s’était réfugiée dans un village du Sud ; cela s’appelait la « zone libre » parce que les soldats ennemis n’y étaient pas encore arrivés. Les gens du village avaient prêté des maisons, des meubles. Mais Grand-mère n’était pas très heureuse ; tout lui manquait : son papa – qui était prisonnier de guerre – son école, ses affaires qu’elle avait laissées dans sa vraie maison.

Malgré tout, les voisins de Grand-mère, Monsieur et Madame V., étaient très gentils. Ils étaient vieux. C’est pour cela que Monsieur V. n’était pas parti faire la guerre. Grand-mère dit qu’il « n’avait pas été mobilisé ». C’était pourtant un homme très courageux. Il était résistant. Mais ça, Grand-mère ne l’a su que beaucoup plus tard, quand la guerre a été finie.

Et puis, les soldats ennemis ont fini par arriver. Ils se sont installés partout. Il n’y avait plus de zone libre. Ils surveillaient tout, on ne pouvait pas se déplacer comme on voulait, où on voulait, quand on voulait. À tout moment, on risquait de se faire contrôler. Il fallait montrer ses papiers, dire où on allait, pourquoi on y allait. C’était très compliqué et parfois dangereux.

Un soir, quelqu’un a frappé à la porte, fort, très très fort. Dehors, il faisait nuit noire. Dans la rue, à cette époque-là, il n’y avait pas de lampadaires, même pas la plus petite lanterne. Et ce soir-là, ni lune, ni étoiles non plus. La maman de Grand-mère va ouvrir. Un soldat immense masque presque toute l’ouverture. Dans la pénombre, on aperçoit sa voiture stationnée juste devant la maison, avec un autre homme au volant.

Grand-mère, blottie dans les jambes de sa maman, a presque le nez sur l’arme du soldat. Elle a envie de pleurer, de crier. Sa maman lui prend la main et la serre fort. Grand-mère n’est pas vraiment rassurée, mais elle comprend qu’il faut se taire. Sa maman lui a très souvent expliqué ces choses et lui a enseigné ce qu’il faudrait faire, au cas où les soldats viendraient à la maison :
— Ne parle pas, ne pleure pas. Si je te serre la main très fort et te demande d’aller te coucher, vite disparais ! Mais au lieu d’aller dans ta chambre, passe par la petite porte de derrière sans faire de bruit, pendant que je continue à parler avec les soldats. Fais vite, très vite ! Tu frappes trois coups – pas plus, trois coups, c’est tout ! – à la porte de la cuisine de Monsieur et Madame V. Tu dis « Ils sont là » et tu reviens en courant.

Le soldat a un drôle d’accent ; quand il parle, on dirait qu’il crache des clous et des marteaux.
— Va te coucher ma grande ! ordonne sa maman.
Grand-mère file. Elle a le temps d’entendre sa mère répondre très calmement au soldat :
— Pouvez-vous répéter ? Je n’ai pas bien compris.
Pourvu qu’il ne s’énerve pas, pourvu qu’il ne frappe pas, pourvu… Mais il n’y a pas de temps à perdre. Elle réfléchira plus tard.

La petite porte est bien huilée, elle ne grince pas. Grand-mère est dans la nuit, elle avance le plus vite possible, à l’aveuglette dans l’herbe et la terre du jardin ; elle piétine les semis, tant pis. Heureusement, il n’y a pas de clôture qui sépare les deux propriétés. Enfin, le mur de la maison des voisins : dans le noir, Grand-mère se guide en tâtonnant sur les pierres. Voici la porte de la cuisine. On aperçoit un minuscule rai de lumière. Vite, vite, il faut frapper sans hésiter. Assez fort pour donner l’alerte mais sans être entendue par les soldats. Grand-mère respire à fond et toc, toc, toc. Tout de suite Monsieur V. entrouvre.
— Ils sont là ! dit Grand-mère dans un souffle et elle repart en vitesse, mais discrètement. Elle piétine une seconde fois les plates-bandes du jardin, se faufile par la porte arrière de la maison.

Elle trouve sa maman calmement installée à la table de la cuisine, en train de repriser une chaussette de laine, dans la douce lumière de l’abat-jour. Grand-mère a l’impression de se réveiller d’un cauchemar. Toutes les choses sont à leur place. Sa maman lui sourit :
— As-tu fait comme je t’avais expliqué ?
— Oui maman.
— Très bien, va te coucher.
Elles s’embrassent fort, comme si elles ne s’étaient pas vues depuis longtemps.

Le lendemain matin, en partant à l’école, Grand-mère a croisé Monsieur V. Il avait l’air encore plus vieux et fatigué que d’habitude, mais il lui a fait un grand sourire. À midi, un énorme panier de pommes trônait dans la cuisine. Un cadeau des voisins.

Quand la guerre a été finie, Grand-mère a appris que grâce à elle et à sa maman, Monsieur V. avait pu se cacher avant que les soldats n’arrivent chez lui. Le parachutiste anglais, qui était dans la cave, avait eu également le temps de s’enfuir. La maman de Grand-mère avait gagné de précieuses minutes en discutant avec le soldat pendant que Grand-mère courait de toutes ses petites jambes pour alerter les voisins.

Grand-mère et sa maman ont reçu chacune une médaille pour ce qu’elles ont fait. Grand-mère m’a promis de me donner la sienne. Elle ne la porte jamais. Cela lui rappelle trop sa peur cette nuit-là et pendant tout le temps de la guerre. Ce n’était pas facile d’être une petite fille à cette époque-là.

jeudi 30 avril

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Lecture : La tortue téléportée

Tout avait commencé alors qu’Aria promenait Sherlock le long de la rue des Mauvais Vents.
C’était les vacances. Pour faire plaisir à Maman, Aria avait refermé à regret son livre – il ne restait que six statuettes après que Rogers ait été retrouvé mort tandis qu’il coupait du bois et Aria n’était pas convaincue que Miss Brent soit la coupable – pour sortir Sherlock.

— Chérie, avait dit Maman sans lever les yeux de sa tablette, tu ne peux pas passer toutes tes journées plongée dans tes livres, la vraie vie est dehors tu sais. Sors un peu, ça te fera du bien. Fais-le au moins pour le chien, il adore ça.

Les regards d’Aria et de Sherlock s’étaient croisés, tous deux avaient soupiré avant de se lever pour se diriger vers la porte d’un pas traînant. Peine perdue, Maman souriait en faisant défiler Dieu sait quoi sur son écran et ne captait rien des manifestations de mauvaise grâce des deux expulsés.
Au moins il faisait beau. Le vent qui soufflait encore quelques minutes plus tôt était tombé après avoir chassé les derniers nuages. Il n’y avait pas grand monde dans les rues, rien qui puisse détourner les pensées d’Aria de Dix petits nègres. Qui serait la cinquième victime ? Qui était l’assassin ? Était-ce l’un des six survivants ?

Arrivée au pied de la montée des Vignes, Aria remarqua un skateboard abandonné sur la chaussée, près du trottoir. Elle reconnut celui de Pedro, un garçon qui était dans la même classe qu’elle. La planche de Pedro était rouge et une tête stylisée de taureau y était peinte en noir. On ne pouvait la confondre avec aucune autre. Aria regarda autour d’elle, mais il n’y avait aucune trace de son ami. Pas plus dans la rue que dans le jardin public tout près duquel Sherlock et elle se trouvaient. Pedro n’était pas du genre à laisser traîner ses affaires, et ce skate moins que toute autre. Le père de Pedro avait parcouru les trottoirs de Barcelone sur cette planche lorsqu’il avait son âge. Il l’avait offerte à son fils deux ans plus tôt, lorsqu’il était rentré au pays, après le divorce.

— Je sais, dit Aria en regardant Sherlock, cette planche n’a aucune raison de se trouver ici si Pedro n’y est pas !

Le chien approuva d’un battement de queue.
Aria tourna la tête vers la montée des Vignes. Pedro habitait une maison tout en haut, avec sa mère et son jeune frère. La jeune fille ramassa la planche et, Sherlock sur ses talons, gravit la côte.
C’était le branle-bas le combat dans le jardin des Nuñez. Le frère de Pedro tournait à quatre pattes autour de la balançoire, écartant les herbes hautes et y enfouissant parfois la tête, tandis qu’une dame âgée – sa grand-mère ? – jetait l’un après l’autre au milieu du jardin les coussins empilés sous l’auvent. Ici non plus, aucune trace de Pedro.

— Excusez-moi… hasarda Aria, par-dessus la haie basse, grillagée, qui fermait le jardin.

Personne ne sembla l’entendre.

— Excusez-moi, répéta-t-elle plus fort, est-ce que Pedro est là ?

Elle ne put retenir un cri quand le garçon surgit de derrière la haie.

— Eh, salut Aria, dit-il en brossant de la main son jean. Désolé de t’avoir fait peur. J’étais dans la haie.

Il portait un tee-shirt trop grand à l’effigie d’un vieux groupe de rock et un bonnet en laine dont dépassaient des mèches de ses longs cheveux noirs.
Puis, avisant le skateboard qu’Aria serrait contre elle, il dit :

— On dirait… Mais c’est mon skate ! Qu’est-ce que…
— Je l’ai trouvé en bas, vers le jardin public. Il était dans la rue.

Pedro regarda vers la maison.

— Je l’avais pourtant rentré.
— T’es sûr que tu l’as pas laissé sur le trottoir ? demanda Aria. Sinon comment aurait-il roulé jusqu’en bas ?
— Non ! Jamais de la vie ! C’est le skate de mon père, quand même. Tu sais bien ! Ou alors… ajouta-t-il en se tournant vers son frère qui, toujours à quatre pattes, élargissait les cercles qu’il traçait autour de la balançoire. Non, il sait qu’il n’a pas le droit d’y toucher. Il s’est suffisamment fait disputer la dernière fois. En tout cas, merci de l’avoir retrouvé !

Aria lui tendit la planche par-dessus la haie.

— Il se passe quoi, ici ? demanda-t-elle en regardant le jardin, étonnée par ce qu’elle y voyait.

Le frère de Pedro était maintenant hissé sur la balançoire, débout, et à la manière d’une vigie il examinait le jardin depuis son poste d’observation, la main en visière, tandis que la grand-mère – Aria se souvenait maintenant qu’elle était venue d’Espagne pour passer les vacances avec sa fille et ses petits-enfants – disparaissait derrière le tas de bois sous l’auvent.

— C’est la tortue de Juan, répondit Pedro. On sait pas où elle est. C’est pas son genre de disparaître. C’est pas une aventurière.
— Pétunia, c’est ça ?
— Euh… Oui. On cherche partout mais on ne la retrouve pas.
— Je peux vous donner un coup de main ? proposa Aria.

Sherlock hocha la tête de satisfaction et Pedro leur ouvrit le portillon.
Après quelques minutes de vaines recherches, Sherlock vint se planter devant Aria.

— Il faut en revenir aux faits, lui souffla-t-il, avec ce ton agacé qu’il prenait toujours dans ces cas-là, et à leur chronologie. Combien d’affaires mystérieuses sont-elles résolues grâce à un examen froid et logique des faits ?

Dieu merci, personne d’autre qu’Aria n’entendait les conseils que lui adressait son chien.

— Ça va, rétorqua-t-elle sans desserrer les dents et en le regardant de haut. J’allais le faire. Qu’est-ce que tu crois ?

D’un battement de queue las, Sherlock lui fit comprendre qu’il n’était pas dupe mais qu’il ne souhaitait pas en débattre davantage.

— Bon, lança Aria, faut se rendre à l’évidence : si la tortue n’est pas dans le jardin, c’est qu’elle est ailleurs.
— Quelqu’un l’a volée, gémit Juan. C’est les Chinois. Grégoire m’a dit que les Chinois mangent de la soupe de tortue. Il a vu ça dans un restaurant. C’est un coup des Chinois, c’est sûr !
— Quels Chinois ? répliqua Pedro, agacé. Où as-tu vu des Chinois, par ici ?
— Ben, et ceux de l’autre côté de la rue ?
— Yoko ? Mais elle est japonaise, Yoko, pas chinoise !
— Alors des sushis à la tortue, peut-être ?
— On ne s’emballe pas ! coupa Aria. La dernière fois que quelqu’un a vu Pétunia, c’était quand ?

Pedro se tourna vers Juan. Celui-ci haussa les épaules et répondit :

— C’était quand je lui ai apporté une feuille de salade, pour son goûter. Vers quatre heures.

Aria hocha la tête, d’un air pensif.

— Et vous avez constaté sa disparition quand ?
— C’est ma grand-mère qui s’en est rendu compte, dit Pedro. Il y a un quart d’heure, à peu près. C’est bien ça, Abuelita ?
— Si, répondit la grand-mère en émergeant de derrière le tas de bois de chauffage, sous l’auvent, la frontale avec laquelle elle explorait ce coin sombre encore allumée. Quince minutos.
— Ok, dit Aria en jetant un coup d’œil vers Sherlock.

Le chien faisait mine d’observer un papillon, la tête penchée sur le côté. Il tirait la langue à la manière d’un chien ordinaire, ce qui lui donnait un air inoffensif. Mais Aria n’était pas dupe. Sherlock ne perdait pas une miette de ce qui se disait. Il attendait simplement le moment propice pour l’humilier, en résolvant cette disparition avant elle. Elle ne devait pas lui laisser l’initiative.

— Ça laisse à peine une demi-heure entre les deux observations, dit-elle en regardant sa montre. Où était Pétunia quand tu lui as apporté son goûter ? ajouta-t-elle en se tournant vers Juan.
— Pourquoi tu l’appelles Pétunia ? lui demanda le jeune garçon en fronçant les sourcils. Elle s’appelle pas Pétunia, ma tortue ! C’est pas une fleur. Son nom c’est Pequeña.

Aria se tourna, vers Pedro, interrogatrice.
Son ami hocha gravement la tête.

— J’ai pas osé te reprendre, Aria. Je voulais pas que tu te vexes.

Il sembla à Aria que Sherlock ricanait, mais le mieux était de l’ignorer.

— D’accord, dit-elle. Pequeña. Elle était où, Pequeña ?

Juan pointa du doigt le petit bassin qui se trouvait près du mur, entre deux rosiers.

— D’accord, dit à nouveau Aria.

Puis, se tournant vers la cour goudronnée qui succédait au jardin et descendait légèrement vers la porte donnant sur la rue, close.

— Et le portillon était fermé ?
— Oui, comme toujours, répondit Pedro. On le laisse jamais ouvert. À cause de la tortue, justement.
— Le portillon était fermé, et le skateboard était à l’intérieur, c’est bien ça ?
— Ben… oui.

La voix de Pedro était soudain moins assurée et il se tourna vers son frère.

— La porte était fermée quand Abuelita a dit qu’elle ne trouvait pas la tortue, se dépêcha de dire Juan. Elle était fermée, je le jure.

Sa voix tremblait.

— Oui mais, un peu avant qu’elle s’en aperçoive ? insista Aria.
— Juan ? demanda la grand-mère. Dime la verdad.

Le garçon se mit à pleurer.

— Elle était pas dans la rue quand j’ai fermé la porte, parvint-il à articuler entre les larmes. J’ai regardé. Pequeña va pas assez vite pour aller plus loin que je pouvais voir. Ça faisait pas plus de dix minutes que je lui avais donné sa feuille de salade quand j’ai fermé la porte. Elle était pas dans la rue. Alors c’est qu’elle était forcément dans le jardin.
— Compte tenu du fait qu’une tortue se déplace à deux cent cinquante mètres à l’heure, en dix minutes elle peut parcourir une quarantaine de mètres, environ, dit Sherlock en baillant. En supposant qu’elle se soit mise en marche sans prendre le temps de manger son goûter, qu’elle ne se soit pas arrêtée une seconde, et qu’elle soit allée en ligne droite, elle aurait été, au pire au milieu de la rue. Le gamin n’aurait pas pu la rater. Sauf…

Aria jeta un regard inquiet autour d’elle. Comme toujours, elle était la seule à avoir entendu la pédante leçon de son chien. Elle fronça les sourcils en direction de Sherlock et celui-ci se dirigea vers le portillon.

— Suivez-moi, dit Aria en dépassant son chien à grandes enjambées.

Elle ouvrit le portillon et descendit la montée des Vignes, suivie de la famille Nuñez et de Sherlock.

Revenue à la rue des Mauvais Vents, elle regarda le sol, puis se tourna vers la montée par laquelle ils étaient arrivés, les autres formant un demi-cercle autour d’elle. La grand-mère avec sa frontale allumée, Juan qui continuait de pleurer doucement, se disant sans doute que les larmes le protégeaient d’une punition, et Pedro, son skateboard toujours sous le bras.

Suivant des yeux une trajectoire qui descendait depuis la maison des Nuñez jusqu’au point où ils se trouvaient, Aria dit à Pedro :

— C’est là que j’ai trouvé ton skate.

À son tour Pedro regarda vers sa maison puis, prenant sa planche entre ses mains, il secoua la tête.

— Pourtant, murmura-t-il, je l’ai rentrée, j’en suis sûr. Je me revois le faire.
— Ce que les humains sont lents, marmonna Sherlock. Faut pas s’étonner que vous ne soyez pas capables de régler les problèmes de cette planète si vous n’êtes même pas capables d’additionner deux plus deux !

Aria se retint de renvoyer le chien à la maison à coups de pied dans les fesses.
Juan se mit à pleurer plus fort, attirant l’attention bien malgré lui.

— Pardon, pardon, pardon ! implora le jeune garçon.
— Bon sang, Juan, cria Pedro, tu m’avais promis…
— Ne lui en veux pas trop, Pedro, dit doucement Aria. Après tout, c’est aussi le skate de son père. Il a eu envie d’en faire un peu dans la rue. Mets-toi à sa place.
— Mais pourquoi l’a-t-il laissé ici ? Quelqu’un aurait pu le voler !
— Je l’ai pas laissé ici ! se défendit Juan, entre deux sanglots. Je suis juste resté devant la maison. J’en ai vraiment pas fait longtemps. Je suis vite rentré. Et j’ai oublié de fermer le portillon…
— Et dans ta précipitation, compléta Aria, tu as laissé le skate dans la cour, devant la maison, c’est ça.

Le jeune garçon hocha vigoureusement la tête en s’essuyant les yeux. Sa grand-mère lui tendit un mouchoir et l’attira contre elle pour l’apaiser.

— Ça ne nous dit pas comment mon skate s’est retrouvé ici, dit Pedro. Ni où est Pequeña.

Aria se tourna vers le jardin public, qui faisait face à la descente, et dit :

— À mon avis, elle n’est pas loin d’ici… !

D’un jappement bref, Sherlock confirma. Il était planté devant un massif à quelques mètres d’eux et remuait vigoureusement la queue.
Juan se précipita vers le chien. Quelques secondes plus tard, il émergeait d’entre deux orangers du Mexique couverts de petites fleurs blanches, la tortue entre les mains.

— Comment tu as deviné ? demanda-t-il, admiratif, en dévisageant Aria.

Puis, en regardant vers sa maison, si loin qu’on ne pouvait la voir, il ajouta, songeur :

— Et comment Pequeña a-t-elle fait pour arriver jusque-là, aussi vite ? Vous croyez qu’elle s’est téléportée ?

Aria jeta un rapide coup d’œil vers Sherlock.

— Élémentaire, dit-elle. Ni téléportation, ni magie. Seulement la gravité.

Elle désigna du menton le skateboard que Pedro tenait sous son bras.

— Tu as dû laisser le skate contre la bordure qui sépare le jardin de la cour. Ta tortue est montée sur le skateboard de ton frère, par hasard, et sous son poids il s’est mis à rouler et a suivi la pente de la cour, franchi le portillon ouvert, puis dévalé la rue. Arrivé en bas, il a buté contre le trottoir et Pequeña a été projetée dans les airs pour atterrir dans ces massifs.
— Ouah, dit Juan, en serrant plus fort sa tortue contre lui et en embrassant le sommet de sa petite tête.
— Une vidéo de Pequeña qui descend la montée des Vignes sur un skate… murmura Pedro, rêveur, en regardant la tortue dans les bras de son frère. Vous imaginez le nombre de vues que ça ferait sur YouTube ?

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jeudi 9 avril et après …………..deux semaines de vacances

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et un peu de lecture avec LUCAS LE HURLEUR 

1

Lorsqu’il sentit Lucas s’agiter sous sa couette et commencer à s’étirer, Cha-Cha (prononcez « Tcha-Tcha » s’il vous plaît, il y tient beaucoup !) sauta du lit et courut se réfugier dans son placard sous l’escalier.

Comme tous les chats, Cha-Cha avait horreur du bruit. Alors, il prenait ses précautions. En le voyant passer comme une fusée, la queue en l’air, les poils hérissés, toute la maisonnée comprit que le tonnerre était près de retentir. Et en effet, la voix tonitruante de Lucas éclata comme une bombe et résonna de la cave jusqu’au grenier.

Les cheveux dressés sur la tête, Lucas gagna la salle de bains en trompetant sa joie de vivre à tous les échos. La bouche pleine de dentifrice, il parvenait encore à faire trembler le miroir du lavabo en clamant sa récitation pour aujourd’hui !

En bas, dans la cuisine, les jumelles poussèrent un soupir éloquent au-dessus de leur bol de chocolat. Leur petit frère venait de se réveiller : adieu le calme et la tranquillité !

Quelques minutes plus tard, Lucas entrait en trombe dans la cuisine après avoir dégringolé les escaliers. Il trouva comme tous les matins ses sœurs et sa mère, le visage contracté, les yeux plissés et les doigts enfoncés dans les oreilles. Comme à chaque fois que Lucas ouvrait la bouche, tout le monde mettait ses tympans à l’abri.

Lucas ne savait pas parler sans hurler. Les phrases les plus banales du style : « Passe-moi le ketchup s’te plaît, Papa ! » ou « Géniales tes frites, Maman ! » devenaient une agression sonore invraisemblable en passant les lèvres de Lucas.

Tout le monde le surnommait Lucas le Hurleur.

Ce matin-là donc, en découvrant sa mère et ses sœurs les doigts dans les oreilles, redoutant le vacarme monstrueux qui allait jaillir de sa gorge, Lucas fut d’un seul coup terriblement blessé. Brusquement, il se sentit de trop. Il se sentit rejeté. Les mâchoires contractées, il prit très vite son petit-déjeuner sans dire un mot, enfila rapidement son blouson et son sac à dos puis quitta la maison.

— Ouf ! fit Sonia en rigolant. On l’a échappé belle !

— Enfin un petit déj’ tranquille ! poursuivit Laura en levant les yeux au ciel.

Pendant ce temps, leur mère, vaguement inquiète, regardait par la fenêtre son petit garçon s’éloigner dans la rue, les épaules voûtées, la démarche hésitante.

« Ces maudits cartables sont de plus en plus lourds » pensa-t-elle, comme pour se rassurer. Mais quelque chose au fond d’elle-même lui murmurait que le poids du sac n’était pour rien dans l’étrange attitude de Lucas…

 

2

En voyant Leïla qui l’attendait comme d’habitude au bout de la rue, le visage de Lucas s’éclaira. Il adorait Leïla. D’abord, elle était drôle et douce, en plus, elle était jolie comme pas possible.

Ses cheveux noirs très bouclés lui faisaient comme une couronne autour de la tête et les deux fossettes qui encadraient ses lèvres cerise le faisaient complètement craquer.

Lucas lui fit un grand signe de la main et courut jusqu’à elle, mais avant qu’il ait pu prononcer un seul mot, Leïla, son charmant petit nez froncé et le visage sévère, l’arrêta du regard.

— Stop, Lucas ! Chut ! Je suis sûre que tu as encore trouvé un truc adorable à me dire, mais tu vois, j’en peux plus que tu me casses les oreilles ! Alors voilà : tant que tu ne seras pas capable de parler sans m’arracher la tête je ne serai plus ton amie.

Là-dessus, Leïla se détourna et s’éloigna de son petit pas léger, laissant Lucas bouche bée, cloué au trottoir par la surprise. Et la tristesse.

Ce n’était pas possible ! Leïla ! Leïla aussi le laissait tomber ?! Non ! cria-t-il à l’intérieur de sa tête. Dans un sursaut, Lucas rattrapa Leïla et se planta devant elle, bien décidé à plaider sa cause.

Avec un petit soupir, Leïla leva les yeux vers Lucas. Celui-ci, le visage enflammé, les yeux brillants de larmes qu’il retenait difficilement, lui tenait apparemment un long discours… dont elle n’entendait pas un mot ! Les lèvres de Lucas bougeaient, bougeaient, de plus en plus vite, mais aucun son ne sortait de sa bouche ! Pour Leïla, il était évident que Lucas se moquait d’elle !

Furieuse, elle lui cracha d’un ton méprisant :
— C’est malin ! Tu te crois drôle ? puis elle le toisa des pieds à la tête avec un sourire cruel. Finalement, t’es aussi nul que les autres…

Sur cet arrêt de mort, Leïla se détourna et se dirigea vers l’école, la tête haute mais le cœur tordu par un sentiment affreux : l’humiliation.

Complètement sonné, Lucas se demandait si par hasard il n’était pas tombé dans la cinquième dimension du cauchemar. Non, bien sûr que non ! il ne s’était pas moqué de Leïla. Lui aussi avait été très surpris de ne pas s’entendre hurler sa révolte. Terriblement perturbé, Lucas entra dans sa boulangerie préférée. Il fallait en avoir le cœur net. Madame Gaubert, en le voyant entrer, recula instinctivement et tourna un peu la tête pour éviter le choc sonore qui n’allait pas manquer de suivre. Après s’être longuement raclé la gorge, Lucas se lança à demander :

— Bonjour, Madame ! Un pain aux raisins, s’il vous plaît.

Rien. Pas un son n’était sorti de sa bouche. Une carpe n’aurait pas fait mieux !

Madame Gaubert écarquilla les yeux de stupeur.

— Euh… Excuse-moi Lucas, mais je n’ai rien entendu. Tu peux répéter ?

Un frisson le parcourut. Il avait mal partout. Oui, finalement il était peut-être malade. Il gonfla sa poitrine au maximum puis, mettant ses mains en porte-voix, il hurla de toutes ses forces en articulant comme un forcené :
— Je veux un pain aux raisins, vous êtes devenue sourde ou quoi ?

La fureur grimaçante de Lucas qui postillonnait sur le comptoir en faisant semblant de crier énerva Madame Gaubert au plus haut point.

— Si en plus tu deviens insolent, ce n’est pas la peine de remettre les pieds ici ! lui lança-t-elle en désignant la porte d’un index coléreux.

Abasourdi par ce nouvel incident, Lucas sortit du magasin comme un automate.

Il serait devenu muet !? Lui ! Lucas le Hurleur ! Personne ne le comprenait plus. Personne ne l’entendait. Il se sentait atrocement perdu. Et seul.

Dans sa gorge désormais vide comme une caverne abandonnée, Lucas sentit une espèce de boule hérissée de poils rêches qui gonflait, gonflait à l’étouffer. En même temps, ses yeux se mirent à le piquer. Puis ses lèvres se mirent à trembler. Puis des gouttes chaudes et salées se mirent à couler sur ses joues.

Lucas pleurait.

 

3

Arrivé devant la grille de l’école, Lucas fut à nouveau anéanti à l’évocation d’une perspective insupportable. Ce matin, composition de récitation au programme ! Comment allait-il faire ? Il imaginait déjà la réaction de Mademoiselle Tallien lorsqu’il se mettrait à réciter silencieusement le poème de Prévert qu’il connaissait pourtant par cœur. Mademoiselle Tallien croirait qu’il ne l’avait pas appris. Qu’il se moquait d’elle. Comme Leïla. Comme Madame Gaubert la boulangère. Et Mademoiselle Tallien n’était pas vraiment du genre à tolérer qu’on se paye sa tête !

Lucas voyait déjà la scène : la maîtresse l’arrêterait au bout du deuxième vers et lui signifierait de se rasseoir d’un brusque mouvement de menton. Elle se tournerait vers ses camarades qui poufferaient déjà dans leurs mains, exigerait le silence immédiat, puis, sans un mot, elle formerait une jolie bulle au stylo rouge sur son carnet de notes. Une belle injustice en perspective ! Bon. Demi-tour. Aujourd’hui, pas d’école. Voilà.

Très mal à l’aise, Lucas s’éloigna en courant. Il entendit au loin la sonnerie qui appelait les retardataires. Cette fois, c’était fini. Il ne pouvait plus revenir en arrière. Et puis après tout, il y avait plus important que l’école. Il devait éclaircir le mystère de sa voix perdue. Et par-dessus tout, la re-trou-ver ! Même s’il parlait trop fort et que ça embêtait les gens, c’était mieux que rien. Il devait absolument trouver une idée géniale pour résoudre son problème.

Ne plus pouvoir dire ce qu’on ressent, ce qu’on pense, de quoi on a envie ou ce qu’on déteste ; ne plus pouvoir chanter ; ne plus pouvoir se disputer avec les jumelles, ne plus pouvoir jouer à Star-Wars avec SA Princesse Leïla… L’idée qu’il ne pourrait peut-être plus jamais parler désespérait Lucas. Il était obsédé par une petite phrase entendue un jour à la radio : “Quand les gens vous comprennent, vous savez que vous existez”.

Le cœur gros, Lucas n’était pas loin de penser qu’il n’existait plus vraiment maintenant que personne ne le comprenait plus…

 

4

Quelques minutes plus tard, alors que Lucas se creusait la cervelle pour trouver qui pourrait bien l’aider, il se frappa le front. Quelle andouille ! Mais bien sûr ! Il avait besoin d’un docteur évidemment ! Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ?

Par chance, le cabinet du Docteur Bourgine, le médecin de toute la famille depuis des années, n’était pas loin. Lucas mit au point sa stratégie, tout en marchant d’un pas vif. Une fois reçu par le Docteur, il écrirait sur un papier comment ce matin, d’un seul coup, il était devenu muet et qu’il fallait absolument trouver une solution pour qu’il retrouve la parole.

Lucas s’arma de courage et sonna à l’interphone. D’une voix chantante, la secrétaire du docteur lui demanda son nom. Catastrophe ! Lucas n’avait pas pensé à ça ! La voix de la secrétaire se fit moins chantante lorsqu’elle demanda de nouveau qui était là. Bouche bée devant l’interphone, Lucas entendit la secrétaire pester contre les sales gosses du quartier qui n’arrêtaient pas de la déranger pour rien, puis il perçut un « clic » rageur ! Elle avait coupé la communication.

Bien décidé à voir le docteur quoi qu’il arrive, Lucas attendit que quelqu’un entre ou sorte de l’immeuble pour pouvoir se faufiler dans le hall.

Comme un malheur ne vient jamais seul, il se mit à pleuvoir. Un vrai déluge. Lucas, trempé, fatigué, à moitié mort de faim, attendit plus d’un quart d’heure sur le trottoir, planté comme une souche devant cette fichue porte. Bzzz… Clic ! Enfin ! Quelqu’un venait d’appuyer sur le bouton à l’intérieur. Lucas ramassa son sac à dos et se précipita dès que la porte s’entrouvrit, livrant passage à un garçon de treize ou quatorze ans. De façon très agressive, l’ado écarta les bras pour empêcher Lucas de passer.

— T’es qui, toi ? J’te connais pas ! T’es pas de l’immeuble, hein ?

Lucas fut bien obligé de secouer négativement la tête. L’autre renifla un grand coup d’un air mauvais puis fit reculer Lucas en lui tapant sur la poitrine.

— Si t’es pas d’ici, tu rentres pas, c’est clair ?

Lucas serra les mâchoires et bouscula l’enquiquineur pour se frayer un passage. L’autre s’interposa encore plus violemment puis envoya valdinguer Lucas sur le trottoir en refermant la porte.

— J’ai dit tu rentres pas, bouffon ! Dégage !

Lucas, les fesses dans une flaque d’eau, son sac à dos tombé en plein sur une crotte de chien, regardait le sale môme s’éloigner dans la rue en ricanant et en roulant des épaules. Lucas était blanc de rage. Pour la première fois de sa vie, il avait des envies de meurtre.

 

5

En nettoyant rageusement avec un mouchoir son sac à dos nauséabond, Lucas réfléchissait. Les neurones de son cerveau étaient en ébullition. Que faire ? Qui pourrait l’aider ?

Le nez pincé, Lucas alla jeter son mouchoir couvert de crotte dans une poubelle. Mais il faudrait quand même laver son cartable. Sa mère ne serait sûrement pas contente. Penser à sa Maman lui fit soudain monter les larmes aux yeux. Et s’il rentrait tout simplement à la maison ? S’il se jetait dans ses bras, s’il la serrait très fort contre lui ? Leïla lui avait dit un jour que les mamans comprennent presque toujours tout sans qu’il soit besoin de rien leur dire…

Ravalant ses larmes, Lucas remit son sac à dos sur son épaule d’un geste furieux. Pas question ! Il revoyait le visage de sa mère ce matin lorsqu’il était entré dans la cuisine. On aurait dit qu’elle avait PEUR de lui. Or, on n’aime pas les gens qui vous font peur… Conclusion : sa maman ne l’aimait plus, il en était certain. Cette idée lui fit si mal qu’il eut l’impression que son cœur se mettait à saigner. Pour de vrai. Au secours ! Il allait perdre tout son sang ! Instinctivement, il porta la main à sa poitrine pour contenir le flux brûlant qui jaillissait de son cœur. Il fut très étonné de se rendre compte que sa main ne dégouttait pas de sang ! Il l’aurait pourtant juré ! Il se rappellerait toujours désormais, ce que signifiait VRAIMENT l’expression « Avoir le cœur qui saigne »…

Lucas échoua sur un banc dans un square, les bras en croix, les yeux vides…

La tête vide, le ventre vide, Lucas se sentait vidé de toute énergie. Il n’irait pas plus loin. Tout était fini. Il allait rester ici, sur ce banc à moitié déglingué, et attendre la mort…

Lucas ferma les yeux. Il resta ainsi, sans bouger, très longtemps. Comme absent de lui-même. Il ne pensait plus à rien. Ou plutôt, mille débuts d’idées, mille embryons de sensations fusaient dans sa tête à la vitesse de l’éclair. Mais il ne pouvait attacher son attention sur rien. C’était très désagréable.

Les pas d’un homme qui s’approchait le tirèrent finalement de son hébétude. Ce n’était en réalité qu’un promeneur. Il aurait bien aimé que cet homme soit son Papa… Son Papa qu’il ne voyait jamais. Enfin, pas assez. Juste les week-ends, parce qu’il travaillait à Paris toute la semaine. Oh oui ! C’était de son père dont il avait besoin. De sa voix profonde et douce qui savait si bien le rassurer lorsqu’ils faisaient de la varappe tous les deux à la montagne. « Mets ton pied, ici… Là, comme ça, c’est parfait ! Allez ! Tu peux monter maintenant ! »

Et dire qu’il ne pouvait même pas lui téléphoner !

Lucas sortit de derrière son arbuste et apostropha un pigeon qui trottinait près du banc où il avait laissé son sac à dos :

— Salut, Pigeon ! On se balade ?

Le pigeon pencha la tête d’un air étonné en regardant Lucas. « Tiens, un môme muet comme les carpes du grand bassin ! » se dit-il.

Enfin, c’est ce que Lucas imagina qui se passait dans la tête du pigeon…

 

6

L’estomac gargouillant tellement il avait faim, Lucas quitta le square en quête d’un distributeur automatique de barres chocolatées. Il y en avait un à la gare. C’était loin, mais c’était la seule solution puisqu’il ne pouvait rien demander dans une boulangerie. Il avait trois euros dans sa poche.

Il ne réalisa qu’au dernier moment qu’il devait passer devant son école pour aller à la gare… Trop tard ! L’heure de la sortie venait de sonner… Au loin, il apercevait ses copains qui sortaient de l’école en discutant et en déballant leur goûter. Ah !… Goûter ! Rien que ce mot lui mettait l’eau à la bouche.

Mais subitement, Lucas ne pensa plus ni à son estomac, ni à rien d’autre. Il venait d’apercevoir Leïla… Elle était au moins à cent cinquante mètres, mais il l’aurait reconnue même si elle se promenait sur la lune. Ce qui était terrible, c’est que Leïla marchait droit vers lui.

Paniqué à l’idée de se retrouver face à elle, Lucas prit la première à gauche et courut se cacher dans une ruelle assez sale et encombrée de détritus. Dissimulé derrière une pyramide de cageots vides, il attendait que Leïla soit passée. Or, à une quinzaine de mètres de lui, il aperçut deux grands ados qui se parlaient à voix basse.

Lucas ne pouvait pas entendre parfaitement ce qu’ils disaient mais il comprit l’essentiel et cela lui glaça le sang…

— Le premier gamin qui passe, on lui tombe dessus, et on lui pique tout ce qu’il a.

— Attends ! Je vais jeter un œil…

L’ado courut au coin de la ruelle et revint vers son copain, un mauvais rictus aux lèvres.

— Génial ! Tu sais pas qui arrive ? Cette petite peste de Leïla… T’as ton couteau ?

— Toujours prêt à servir, mon pote ! dit l’autre en sortant fièrement un canif de sa poche. Allez, viens, on va se mettre au coin de la rue et on la chope dès qu’elle passe…

Livide, claquant des dents, Lucas se demandait quoi faire pour sauver sa Princesse. Aller chercher de l’aide ! Oui. Évidemment ! Mais auprès de qui ? Et qui le comprendrait ? Il sentait son cœur et son cerveau bouillir. Il fallait trouver une idée. Très bonne. Et très vite, surtout. Lucas voyait les deux jeunes qui commençaient à ricaner, postés à l’entrée de la ruelle. Leïla ne devait plus être loin… Désespéré, Lucas était prêt à courir se jeter sur les deux racketteurs, quitte à se prendre lui-même un mauvais coup… lorsqu’il vit surgir soudain près de lui un homme hirsute qui dormait dans un tas de vieux cartons. L’homme s’étirait en baillant. Il était très grand et très fort, ça se voyait tout de suite. L’homme était effrayant, mais Lucas n’avait pas peur. Pour lui, une seule chose comptait. Sauver Leïla.

D’un seul coup, un grand calme se fit en lui. Un sentiment de paix absolue l’envahit… C’était une sensation très étrange. Lucas s’approcha de l’homme tout doucement. Il émanait du petit garçon une force particulière. Et Lucas articula alors posément, d’une voix ferme et claire.

— Quelqu’un que j’aime est en danger. Venez vite. S’il vous plaît. C’est là-bas, au bout de la rue…

Tout se passa à une rapidité terrifiante. L’homme tomba à bras raccourcis sur les deux garçons juste au moment où ils avaient empoigné Leïla. D’un seul revers de ses deux mains, puissantes comme un torrent, l’homme gifla les jeunes à toute volée en les traitant de tous les noms. Les deux voyous allèrent chacun de leur côté s’écrouler dans des poubelles en poussant des cris de putois enroués. Lucas était venu prendre la main de Leïla qui avait eu très peur. Elle tremblait comme une feuille, mais gardait la tête haute. Elle avait les lèvres toutes blanches, mais les yeux ardents et sans trace de larmes. Leïla était bel et bien une véritable Princesse…

Terrorisés, les deux ados s’enfuirent à toutes jambes.

— Quelle voix il a ce bonhomme, c’est effrayant, tu ne trouves pas ? demanda Lucas à Leïla, en lui jetant un clin d’œil malicieux.

Leïla éclata de son joli rire si frais et si délicieux, puis elle s’arrêta net, arrondit les yeux et regarda Lucas avec stupeur.

— Eh, mais toi ! Qu’est-ce qui est arrivé à ta voix ?

Lucas mit un doigt sur ses lèvres et lui dit doucement en souriant :

— Chut ! Je te raconterai ! Bientôt. Pas maintenant.

Après avoir vivement remercié l’homme qui les avait si bien aidés, Lucas et Leïla rentrèrent chez eux, main dans la main. Silencieux. Heureux.

Lucas avait l’impression de flotter sur un nuage de crème Chantilly. Au coin de la rue où leurs chemins se séparaient, Leïla se mit sur la pointe des pieds et glissa à l’oreille de Lucas.

— Tu n’es plus Lucas le Hurleur. Tu es Lucas le Héros. Mon héros.

Puis elle lui fit un gros baiser sur la joue et se sauva vers sa maison, ses boucles brunes voletant autour de sa frimousse toute rose de bonheur.