jeudi 11 juin

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et la lecture du jour : Faustine et la belle et la bête

Faustine a douze ans, des parents un peu trop absents et pas de frères et sœurs avec qui passer du temps. Elle a bien des copines, au collège, mais elles ne la comprennent pas vraiment. Quand elles rentrent chez elle le soir, elles peuvent raconter leur journée à leurs parents, regarder la télé avec eux. Faustine, elle, ne peut pas. Son papa et sa maman passent toute la journée au travail et quand ils rentrent, ils sont trop fatigués pour s’intéresser à elle. Ils lui disent sans cesse qu’ils sont pressés mais que, la semaine prochaine, ils passeront une journée rien que tous les trois. Mais ça n’arrive jamais.
Depuis quelques semaines, Faustine s’est inscrite sur un site internet : « Féerie ». Elle y a rencontré Amélia, une fille de onze ans qui, comme elle, adore les contes, comme ceux que lui lisaient ses parents quand elle était petite. Tous les soirs, les deux filles s’écrivent, et ce soir ne déroge pas à la règle.

— Qu’est-ce que tu fais ce soir ? demande Faustine.
— Mes parents veulent qu’on regarde un film « en famille », comme ils disent, mais ça ne m’intéresse pas, je préférerais discuter avec toi… répond Amélia quelques secondes plus tard.

Les parents d’Amélia sont tout le contraire de ceux de Faustine et pourtant, les deux filles se comprennent. Amélia a quatre frères et sœurs : des jumeaux de cinq ans, et deux sœurs de trois et un an. Ses parents sont toujours sur son dos et elle ne demande qu’un peu de liberté, mais ils lui répètent qu’ils « sont une famille et qu’une famille, ça fait des choses ensemble ». Faustine se dit qu’Amélia a drôlement de la chance d’avoir des parents prêts à passer du temps avec elle.

— Tu as de la chance que tes parents travaillent toute la journée. Au moins, ils ne sont pas toujours à te surveiller, écrit Amélia.
— De la chance ? J’aimerais juste qu’ils s’occupent un peu plus de moi, tu sais. Qu’on fasse quelque chose rien que tous les trois de temps en temps.
Si seulement Faustine pouvait avoir une famille comme celle de son amie…
— Si ça se trouve, on habite tout près l’une de l’autre et on ne le sait pas, commence Faustine.
Elle espère qu’un jour, elle pourra voir Amélia et qu’elles pourront être amies dans la vraie vie, pas seulement derrière l’écran de leurs ordinateurs.
— Je ne pense pas, j’habite dans un endroit… magique. Je suis sûre que ça te plairait, ma maison est immense et j’ai même une salle de bains rien que pour moi. Et toi, tu habites où ?
— J’habite dans un petit village près de Nancy, dans un appartement. Tu as de la chance, ma chambre est minuscule !

Ce soir-là, Amélia ne répond pas, même pas pour lui dire au revoir. En allant se coucher, Faustine est déçue. Elle se dit que les parents de son amie ont dû lui confisquer son ordinateur pour la forcer à les rejoindre. Faustine est jalouse, son amie a tout ce qu’elle souhaite et n’en profite même pas. C’est injuste.
Le lendemain, toujours aucune nouvelle d’Amélia.
Trois jours plus tard, Faustine commence à s’inquiéter. Elle lui envoie des messages tous les jours mais ne reçoit aucune réponse.

Le samedi suivant, Faustine regarde son Disney favori, La Belle et la Bête. Quand son moment préféré — la danse de la Belle avec la Bête –, commence, un léger « ding » retentit. Faustine se lève en sursaut, espérant que ce soit un message d’Amélia.
C’est bien elle, enfin !

— Ça te dirait, qu’on échange nos places ? Tu serais moi, je serais toi. Tu aurais enfin la grande famille que tu veux et moi, ma liberté. Qu’est-ce que tu en penses ?
C’est tout. Amélia disparaît pendant une semaine et même pas un « bonjour ». En lisant le message que son amie lui a envoyé, Faustine pense qu’elle plaisante.
— On ne se ressemble pas du tout, ça ne marchera jamais. Je suis sûre que même mes parents s’en rendraient compte, alors les tiens…
— J’ai tout prévu. Tu auras juste à mettre mes vêtements et détacher tes cheveux, tu verras. Fais-moi confiance, ils n’y verront que du feu. Allez, ça sera marrant ! C’est juste pour un jour ou deux, le temps qu’on s’amuse un peu !
Après tout, pourquoi pas ? Elle pourrait avoir un petit aperçu de la vie dont elle rêve. Faustine réfléchit quelques minutes puis appuie sur le bouton « Envoyer » :
— D’accord.
La réponse d’Amélia est toute aussi brève.
— Retrouve-moi demain, à la lisière de la forêt de Haye à 11 heures, du côté de la route.

De toute la soirée, Amélia ne répond plus aux messages de son amie. La forêt de Haye n’est pas loin de chez Faustine, elle n’aura qu’à prendre un bus.

Le lendemain matin, le ciel est couvert. Faustine a sorti sa valise et y a mis tout ce qu’elle voulait emporter pour ces quelques jours. En fait, elle n’emporte que ses biens les plus précieux, comme une photo d’elle avec ses parents et la tirelire en forme de cochon que son papa lui a ramené de Paris, puisqu’elle aura tout ce dont elle a besoin sur place. Elle range sa chambre en vitesse et laisse un mot pour Amélia sur son lit. Elle lui explique comment aller à l’école et qui sont ses copines. Elle ajoute quelques précisions sur les horaires de la maison et lui explique comment utiliser le four.
Faustine prend sa carte de bus, sa valise ses clés et s’en va. À l’instant où elle monte dans le bus en direction de la forêt de Haye, le ciel s’assombrit et une pluie torrentielle s’abat sur la ville. Heureusement qu’elle a pris ses chaussures de pluie !
— Ils avaient pourtant annoncé du soleil aujourd’hui, marmonne la conductrice.
Un quart d’heure plus tard, Faustine descend du bus, sa valise dans une main et son parapluie dans l’autre. Il y a tellement de vent que le parapluie s’envole dès qu’elle l’ouvre. Faustine s’aventure à la lisière de la forêt pour attendre Amélia. C’est le déluge ! L’orage arrive, le tonnerre gronde. Faustine s’accroche à sa valise en espérant qu’Amélia arrive rapidement et en se demandant pourquoi son amie lui a donné rendez-vous à cet endroit.
Faustine est déjà venue ici.
Pour le dernier jour d’école l’année dernière, la maîtresse avait emmené sa classe au sentier pieds nus un peu plus loin dans la forêt. Mais elle a l’impression qu’aujourd’hui, la forêt est plus sombre, plus menaçante. Elle commence à avoir peur. Elle est même presque prête à rentrer chez elle. Tant pis pour l’échange, la famille parfaite, elle donnera rendez-vous à Amélia un autre jour. Comme si elle avait lu dans ses pensées, Amélia approche. Elle semble sortir du beau milieu de la forêt. L’orage se déchaîne, il doit être juste à côté. Mais son amie n’est pas toute seule. Un très grand homme avec un chapeau ridicule la suit.
Plus Amélia approche et plus Faustine comprend qu’elle aurait dû réfléchir avant de s’aventurer dans cette histoire, et que ça ne va pas marcher du tout ! Le grand homme a le visage parsemé de cicatrices… et Amélia a l’air d’avoir dix-sept ans, au moins. Ils arrivent rapidement à sa hauteur, l’homme reste légèrement en retrait.

— Salut ! crie Amélia pour couvrir le bruit de l’orage.
Faustine ne répond pas, intriguée. Comment son amie comptait faire croire à ses parents qu’elle s’était soudainement transformée en une fille de douze ans ? Il ne leur faudra même pas deux secondes pour s’apercevoir de la supercherie.
— Ne panique pas, continue Amélia. Tout va bien se passer, ils n’y verront que du feu. Faustine, je te présente Lucien. Lucien est un très bon ami de mes parents, il t’aidera à t’adapter à mon monde. Mais ne t’inquiète pas, il ne leur dira rien, il a une dette envers moi, n’est-ce pas Lucien ? Je ne te remercierai jamais assez pour ce que tu fais pour moi. Je n’en peux plus de vivre avec mes parents, ils sont toujours sur mon dos ! Un peu de liberté ne me fera pas de mal, et j’ai hâte de voir ce que je vais bien pouvoir faire de ton monde.
— De quoi est-ce que tu parles ?
— On va bien s’amuser, toutes les deux !

Faustine ne comprend pas grand-chose et n’est plus si sûre de vouloir s’engager là-dedans. Après tout, elles ne se connaissent pas. Et puis, elles ne se ressemblent pas !
L’homme à l’étrange chapeau s’approche d’elles et marmonne quelques mots que Faustine n’arrive pas à entendre.
Amélia attrape la main de son amie. Un grand sourire flotte sur ses lèvres. À cet instant, la foudre s’abat à seulement quelques mètres de là ! Faustine sursaute mais Amélia ne lâche pas sa main.

— Ah, j’ai dû oublier de te prévenir, dit Amélia… Une fois là-bas, tu ne pourras pas revenir. Jamais. Merci encore, Faustine, et bonne chance !
— Quoi ?!

Au même moment, Faustine lâche la main d’Amélia. L’homme cesse de parler et l’orage s’arrête soudainement.
Faustine regarde son amie, mais tout ce qu’elle voit, c’est… elle-même. Son sosie !
Qu’est-ce qu’il s’est passé ? L’homme au chapeau a… échangé leurs corps ? C’est impossible !

— Tu vois Faustine, je t’avais dit que ça ne serait pas un problème. Lucien, à toi de jouer maintenant. Au revoir.

Amélia leur tourne le dos et sort de la forêt.
Comment Faustine a-t-elle pu se mettre dans une situation pareille ?
Et surtout, comment va-t-elle en sortir ?

— Mais qu’est-ce que vous avez fait ? s’exclame Faustine à l’intention de Lucien.
— À partir de maintenant, vous êtes Amélia. Je vous préviens, l’endroit où nous allons pourra vous paraître… un peu déroutant.

Lucien l’emmène au cœur de la forêt et reprend ses incantations.
Ils arrivent aux abords d’un puits. L’eau à la surface tourbillonne, puis devient verte.

— Vous verrez, vous ne regretterez pas ce petit voyage. J’ai cru comprendre que vous vouliez une famille. Là-bas vous en trouverez une. Vous pouvez aussi choisir de ne pas y aller. Vous pouvez rester ici et commencer une nouvelle vie dans un nouveau corps, mais vous serez seule. Si vous me suivez, vous rencontrerez votre nouvelle famille. Mais il faudra que vous fassiez un effort d’intégration ! N’oubliez pas que vous avez dix-sept ans et que vous êtes Amélia.

Après tout, se dit Faustine, quitte à être coincée dans le corps d’une autre, autant en profiter un peu, non ? Lucien la regarde et plonge dans le puits, droit comme un « i ». Faustine hésite une seconde puis l’imite.

— Aïe !

Faustine est tombée sur le sol dur. Lucien enlève la poussière de ses vêtements et l’aide à se relever. C’est à ce moment qu’elle prend conscience de l’endroit où elle se trouve. Elle a l’impression de ne pas avoir bougé. La forêt est exactement la même, le puits est toujours là. Les arbres sont peut-être un peu plus verts, c’est tout…

— Ça n’a pas marché ? s’étonne Faustine.
— Bien sûr que si ! Ça marche toujours. Bienvenue chez vous, Princesse.
— Princesse ?
— Vous comprendrez, ne vous inquiétez pas. Si vous le voulez bien, laissez-moi vous conduire chez vous.

Faustine hoche la tête, perturbée. Elle ne comprend pas comment tout cela est possible. Lucien agite sa main en grommelant des mots dans une langue qu’elle ne connaît pas. La jeune fille cligne des yeux et quand elle les rouvre, tout a changé autour d’elle. La voilà dans une chambre qu’elle devine être celle d’Amélia. Les murs peints en beige sont couverts de posters de groupes de rock, des restes de pizza jonchent la moquette et des magazines sont posés sur le lit.

— Lucien ? appelle Faustine en remarquant l’absence du magicien. Lucien ! Où êtes-vous ? Je ne sais pas quoi faire, moi ! Je ne sais même pas où je suis ! Vous ne pouvez pas me laisser comme ça !
— Amélia ! appelle une femme. Amélia, s’il te plaît, ouvre la porte. Je te promets que personne ne se moquera de toi.

Une magnifique femme brune qui doit être la mère d’Amélia entre en poussant la porte. Elle porte une grande robe de bal jaune qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de la Belle dans La Belle et la Bête.

— Comment ? Tu n’es pas encore prête ? Et comment es-tu habillée, enfin ! Tu sais bien que ce dîner est très important pour ton père, fais un effort ! Pourquoi ne mettrais-tu pas ta robe bleue ? Dépêche-toi, il nous reste une demi-heure avant que nos invités arrivent, tes frères et sœurs sont déjà prêts. Et je te préviens, nous ne laisserons pas passer une nouvelle de tes farces ! Pas ce soir.
— Mais…
— C’est assez ! Nous n’en pouvons plus. Quand comprendras-tu que tu fais partie de notre famille et qu’il est temps que tu te comportes comme tel ? Quand tu as transformé le cuisinier en chauve-souris, nous avons laissé passer, tu étais jeune. Mais voler la baguette de Marraine la Bonne Fée et rendre Blanche Neige muette, c’était trop ! Tu as eu beaucoup de chance que nous ayons pu régler tout ça ! Tu as dix-sept ans, Amélia ! Il est temps que tu grandisses !

Elle quitte la pièce en claquant la porte, laissant Faustine sans voix. Marraine la Bonne Fée ? Blanche Neige ? Mais ce ne sont que des contes, non ? Apparemment, ces personnages sont bien réels. Ce qui voudrait dire qu’Amélia est en réalité la fille de… Belle ? Sans réfléchir, Faustine décroche la robe bleue de son cintre et l’enfile. Elle se regarde dans le miroir… Elle a vraiment l’air d’une princesse. Elle prend des boucles d’oreilles dans la boîte à bijoux posée sur le bureau et sort de la chambre. Heureusement pour Faustine, elle n’a pas le choix entre plusieurs chemins et descend le grand escalier en pierre. Au bas des marches, la mère d’Amélia l’attend.

— Enfin ! Oh, tu as mis ta robe ?
— Je n’aurais pas dû ?
— Si, bien sûr. Viens, je vais t’expliquer comment va se dérouler le repas. Nous attendons les représentants du monde des humains, le porte-parole des elfes et la dirigeante des fées.
Ça veut dire que des personnes de son monde sont au courant pour le monde magique ?
— C’est un dîner très important. À ce sujet, j’ai une confidence à te faire : le portail vers le monde des humains a été utilisé deux fois ce matin. Nous pensons qu’un magicien a découvert l’existence du portail… Nous espérons seulement qu’il n’est pas resté là-bas. Il ne faut surtout pas que la nouvelle s’ébruite, ça pourrait causer beaucoup de dégâts. Je veux que tu saches que nous sommes soulagés de t’avoir mise au courant, je sais que nous pouvons te faire confiance. Après tout, c’est toi qui dirigeras le pays quand ton père ne pourra plus.
Et sans lui laisser le temps de répondre, elle poursuit :
— Allons-y, nos invités doivent déjà être installés.

Faustine suit la mère d’Amélia jusqu’à une grande salle à manger où une belle table est dressée, avec de nombreux plats et boissons. Les convives prennent place et Faustine est invitée à s’asseoir entre sa mère et la dirigeante des fées.

— Nous allons devoir commencer sans les humains, ils auront un peu de retard. Leur fille a disparu.
Puis, elle poursuit avec solennité :
— Nous vous avons réunis ce soir pour évoquer un problème tout à fait nouveau ! Depuis la création de notre monde, nous avons fait tout ce que nous pouvions pour le protéger de celui des humains : pour eux, nous ne sommes que des personnages de contes, ils n’imaginent même pas que nous puissions être réels. Jusqu’à aujourd’hui, tout a fonctionné comme nous l’espérions mais ce matin, nous avons eu la preuve que notre système n’est pas infaillible. Si les magiciens apprennent l’existence du portail, cela pourrait avoir des conséquences irréversibles sur les humains. Ils pourraient être envahis, réduits en esclavage par nos sorciers et nos magiciens !
— Mais que pouvons-nous faire de plus ? réplique la dirigeante des fées. Nous ne pouvons pas condamner le portail, nous en avons besoin. Il faut absolument retrouver ce magicien et espérer qu’il ait gardé sa découverte pour lui seul. Peut-être a-t-il simplement voulu explorer le monde des humains ? Mademoiselle Amélia, qu’en pensez-vous ?

Oh non ! On demande son avis à Faustine et elle ne peut rien dire sans se compromettre. Elle n’a aucune idée de ce que les parents d’Amélia ont pu lui dire auparavant… Lucien l’avait bien prévenue… Elle doit essayer de s’intégrer !
Ouf ! Les représentants des humains font enfin leur entrée, sauvant Faustine d’une situation délicate.
À sa grande surprise, la jeune fille constate qu’elle les connaît bien…

— Papa ? Maman ?
Tous les invités se tournent vers elle, interrogatifs. Faustine se souvient alors qu’elle est censée être Amélia.
— Euh… Je me disais justement que nous n’avions pas été présentés. Je suis Amélia.
Les parents de Faustine s’inclinent devant elle.
— Princesse Amélia, nous sommes enchantés de faire enfin votre connaissance, nous avons tellement entendu parler de vous ! dit l’humain en souriant. Je suis Fabien, et voici ma femme Sylvie. Veuillez nous excuser pour notre retard, notre fille est rentrée tard à la maison.
— Votre fille ? Vous… Vous aviez remarqué qu’elle n’était pas là ?
Faustine a toujours le sentiment d’être seule quand elle rentre du collège… Alors elle est étonnée qu’ils se soient aperçus qu’Amélia avait disparu.
— Mais bien sûr ! Nous avons chacun des métiers qui nous demandent beaucoup de temps… Mais nous nous efforçons de savoir où est notre fille. Même si nous reconnaissons que nous ne passons pas beaucoup de temps avec elle… poursuit-il l’air triste.

Le repas se poursuit, les plats arrivent sur la table les uns après les autres, et Faustine cherche discrètement une solution pour rentrer chez elle et renvoyer Amélia dans son monde. Maintenant qu’elle sait que ses parents s’intéressent à elle, elle n’a pas l’intention de rester ici et de les inquiéter encore plus.
Une fois dans sa chambre – ou plutôt, dans la chambre d’Amélia –, Faustine réfléchit. Comment faire pour retrouver Lucien et rentrer chez elle ? En y repensant, elle a bien entendu une phrase que le sorcier a prononcée et qui semble avoir eu l’effet de la parachuter dans ce monde.
Faustine ferme les yeux et se concentre. Elle marmonne les huit mots qu’elle avait retenus puis ouvre un œil, méfiante.
Soudain, une fumée bleue tourbillonne au milieu de la pièce et… Lucien apparaît.
Sauf qu’il a l’air très en colère et beaucoup moins gentil que lors de leur premier contact.

— Êtes-vous inconsciente ? Vous voulez que tout le château découvre votre imposture ? Vous avez eu beaucoup de chance ! À une syllabe près vous transportiez tout notre monde dans le monde des humains ! Vous avez une idée des dégâts que vous auriez pu causer ?
Faustine ne se laisse pas impressionner.
— Ramenez-moi jusque chez moi ou j’informe tout le monde de ce que vous avez fait ! Vous avez envoyé la Princesse dans un autre monde et vous avez introduit une étrangère, une terrienne ici. Je crains que le Roi et la Reine ne voient pas cela d’un très bon œil…
À la surprise de Faustine, Lucien mord à l’hameçon et prend peur.
— C’est d’accord, ne faites surtout pas ça ! Prenez ma main ! Il faut retourner au puits avant qu’ils ne découvrent que vous êtes partie.

Il marmonne quelque chose dans une langue qu’elle ne comprend toujours pas et quelques secondes plus tard, ils se retrouvent devant le puits.

— Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
— Faites comme la dernière fois et sautez. C’est trop risqué pour moi de venir avec vous, je vais ramener Amélia d’ici. Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer.

Quelques jours plus tard, Faustine a mis de l’ordre dans ses esprits et s’est remise de son voyage. Elle espère avoir l’occasion de revoir Amélia. Après tout, grâce à elle, Faustine a compris que ses parents avaient beaucoup de responsabilités et que, même s’ils ne le montraient pas toujours, ils tenaient à elle.

vendredi 5 juin

français

Un pingouin en cadeau  

 

Paul et Lucien se moquent depuis quelques jours de leur petit frère. Celui-ci s’est en effet mis dans la tête que, pour Noël, il voulait un pingouin. Un vrai pingouin.

— Un pingouin ici, à La Réunion ? T’es complètement siphonné, a ricané Paul.
— Quel crétin, ce gosse, a renchéri Lucien.

Marcel, qui était tout heureux à l’idée de recevoir cet oiseau dont il rêve depuis qu’il a vu La Marche de l’Empereur, est désemparé ; mais il reprend vite son aplomb. Ses grands frères sont jaloux, voilà tout. Il leur tire la langue et leur tourne le dos. Après tout, ce sont des vieux : ils ont au moins… au moins douze ans. Ils prétendent tout savoir mais ne comprennent rien !

La maîtresse ne s’est pas moquée de lui quand il lui a confié son projet. Elle a juste souri et en a profité pour expliquer à la classe la différence entre un pingouin et un manchot.
Elle lui a tout de même fait remarquer que ce n’était pas une très bonne idée :

— Un pingouin, c’est difficile à élever dans un appartement. Il aura du mal à s’adapter. Il risque d’être très malheureux. Il lui faut…

Et elle a parlé de milieu de vie, de température.
Perplexe, Marcel l’a écoutée avec attention, et la nuit suivante, il a fait des rêves… pas agréables du tout.

 

* * *


Il se lève tôt ce matin, passe une laisse au cou de son pingouin et sort dans la rue. Ses copains sont en bas de l’immeuble, avec leurs chiens, et ils regardent Marcel avec envie. Ils l’entourent et commencent à crier :

— Ton pingouin contre mon chien plus dix billes !
— Ton pingouin contre mon chien plus vingt billes !
— Plus cent billes !
— Plus deux cents billes !
— Plus trois cents billes !

Il entend aussi une petite voix qui lui dit tristement :
— J’aime pas cette rue ! J’aime pas ces garçons qui braillent. Il fait chaud, j’veux rentrer…

 

* * *


C’est l’heure du bain. Marcel se déshabille et, serrant son pingouin contre sa poitrine, il se laisse glisser dans l’eau.

— Trop chaud ! Trop chaud ! Trop chaud ! hurle le petit pingouin en se débattant.

Marcel ajoute de l’eau froide, encore de l’eau froide, et finit par aller chercher les bacs de glaçons du réfrigérateur. Le petit pingouin commence à trouver la température de l’eau agréable. Marcel en revanche grelotte !

 

* * *


Il fait très chaud dehors. Marcel emmène son pingouin sur la varangue ensoleillée. Il tend son visage vers le ciel : comme la chaleur des rayons d’or est agréable !
Ce n’est pas l’avis du pingouin qui se ratatine comme une vieille pomme… Vite, vite, Marcel court jusqu’à la cuisine, vide le contenu du réfrigérateur sur le carrelage, place l’animal dans l’appareil et referme la porte. Son cœur bat la chamade…
Il bat encore plus fort quand un remue-ménage venant de l’intérieur lui fait précipitamment rouvrir la porte : le pingouin, qui manque d’air, est en train d’étouffer.

 

* * *


Marcel est désolé. Il a compris qu’il lui faudra renoncer à son beau rêve. Dès l’ouverture du portail de l’école, il se précipite vers sa maîtresse :

— Maîtresse, tu pourras m’aider à écrire une autre lettre pour le Père Noël ?

Il parle, elle écoute. Ce petit bout de chou a bon cœur et ça lui plaît.

— Tu sais, dit-elle, tu as pris la bonne décision. Et je suis sûre que pour te récompenser, le Père Noël t’enverra plein de jolis rêves où tu retrouveras ton protégé !

Et, la veille de Noël :

Il fait nuit et Marcel entend quelqu’un frapper discrètement au carreau de sa chambre. De l’autre côté de la fenêtre, comme suspendu dans la nuit pailletée d’étoiles, le garçon distingue une silhouette familière qu’il identifie sans hésiter : le Père Noël ! C’est le Père Noël en personne ! Il est accompagné d’un renne attelé à un char garni de clochettes tintinnabulantes… Marcel s’installe près du Père Noël et l’attelage monte, monte dans l’air pur. Il survole des villes endormies, des montagnes, des océans… Et soudain :

— Oh !

Marcel n’en croit pas ses yeux : le Père Noël s’est posé sur la banquise au beau milieu d’une colonie de pingouins.
Il les admire, en caresse quelques-uns…
Mais le temps passe vite ; il faut retourner à la maison avant que la famille ne s’éveille.

Le matin du 25 décembre, Marcel a trouvé les cadeaux de sa nouvelle liste, mais aussi un très beau livre sur les animaux des régions polaires. Un pingouin en résine trônait même sur sa table de chevet.

— Ah ah ! C’est ça, ton « vrai pingouin », se sont de nouveau moqués ses frères.

Mais Marcel est resté zen : il sait qu’il a fait le bon choix !

Quant à la visite du Père Noël, il n’en dira rien à personne. Ce sera son secret. Il sait d’ailleurs déjà que cette visite sera suivie de beaucoup d’autres. Le Père Noël lui a promis de revenir le chercher pour lui faire découvrir beaucoup d’autres merveilles…

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mathématiques

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un peu de sciences 

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au bonheur des bilingues

quelques modules d’allemand pour s’entrainer à entendre et à écrire la langue

mais accessible aux autres avec un peu d’entrainement

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vendredi 29 mai

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une flaque de larmes

J’aimais bien faire le trajet de l’école avec Emma.
Le matin, j’expédiais mon petit-déjeuner pour être au croisement avant elle. Parfois, maman disait : « Eh bien, en voilà une qu’est sacrément pressée d’aller à l’école ! » Alors je haussais les épaules en tournant la tête pour qu’elle me voie pas rougir, puis j’attrapais mon sac et je filais jusqu’au croisement, aussi vite que je pouvais. Au cas où elle arrive avant moi et qu’elle oublie de m’attendre. Même si c’est jamais arrivé.
Au croisement, il y avait un arbre. Je m’y adossais pour reprendre mon souffle. De là, je voyais la route que prenait Emma. Quand elle arrivait, je lui lançais : « Salut M ! ». Emma me répondait : « Ça boume, Howie ? ». Et on faisait ensemble le chemin jusqu’à l’école.

Emma avait lu tous les livres qu’on pouvait trouver par ici. Même ceux que les adultes disaient trop compliqués pour nous. Souvent, sur le trajet, elle me racontait une des centaines d’histoires qu’elle connaissait. Elle était capable d’expliquer tous les mystères de l’univers. Elle aurait pu frimer avec tout son savoir, mais c’était pas son genre. Elle expliquait les choses avec des mots simples, et souvent vous compreniez avant même qu’elle ait terminé.
Emma, c’était le savant le plus cool du monde, et moi, j’étais fière d’être son amie.

Ce jour-là, j’étais encore plus impatiente de la retrouver. Ce que j’avais à lui raconter, c’était incroyable. Je tournais en rond autour de l’arbre. J’arrêtais pas de surveiller la route.
Quand enfin Emma s’est pointée, j’ai bondi vers elle.

— Eh M, faut que je te raconte un truc ! J’ai pas idée de ce que ça peut être. J’en ai pas dormi, cette nuit. Peut-être tu vas croire que je suis folle. Ou que j’ai halluciné. Mais je sais ce que j’ai vu, et…

Elle s’est tournée vers moi et elle m’a dit en riant :

— Oublie pas de respirer, Howie. Ça va être compliqué de me raconter si tu respires pas.

Elle avait raison. J’ai respiré. Et j’ai commencé à lui raconter pendant que nous nous mettions en route.

— Je faisais mes devoirs dans ma chambre. La fenêtre ouverte. Il faisait super beau. À un moment, j’ai entendu comme des pleurs. C’était pas bien fort. Comme quelqu’un qui essaierait qu’on l’entende pas pleurer, mais qui serait trop triste pour s’arrêter. Ça venait de dehors…

J’avais toute l’attention d’Emma. Elle disait pas un mot. Elle hochait la tête et c’est tout.

— Je suis allée à la fenêtre, j’ai écouté attentivement, et là j’ai compris que ça venait de la haie. Je suis sortie, je me suis approchée sans faire de bruit et me suis accroupie pour regarder. Y avait quelque chose dans la haie, pas bien grand. À peine le temps de l’apercevoir, il avait filé sous les branches. Alors je l’ai suivi. À quatre pattes. En rampant, aussi. J’entendais les feuilles qui bougeaient, juste devant moi, et puis toujours les pleurs. Je l’apercevais par moments – petit, trapu, sombre – mais il disparaissait trop vite pour que je le voie bien. « Faut pas avoir peur », je lui ai dit, « je suis pas méchante », mais il continuait de fuir, piégé dans la haie, entre le mur qu’il pouvait pas traverser et le jardin où il osait pas s’aventurer. Au bout, je le savais, il allait se retrouver coincé.

Je me suis interrompue. Le temps de me demander une dernière fois si j’étais bien sûre de ce que j’avais vu, et surtout si j’étais prête à raconter ça à Emma. Elle m’a pas laissé le temps d’y réfléchir bien longtemps.

— Et alors, elle m’a relancée, tu l’as rattrapé ?
— Il s’est retrouvé coincé. Exactement comme j’avais prévu. Entre le mur et la cabane de jardin, au bout de la haie, avec moi qui arrivais derrière lui. Il s’est mis à pleurer encore plus fort. J’entendais ses sanglots comme je rampais vers lui. Ça m’a rendue encore plus curieuse… J’ai continué jusqu’à me retrouver devant lui. J’ai pas eu beaucoup de temps pour le voir, mais je risque pas de l’oublier ! Il était tout petit. Ramassé sur lui-même. Une peau brunâtre, toute plissée, deux fois trop grande pour lui. Et couverte de pustules. Ou de verrues, je sais pas. Un groin morveux, et puis ses yeux, avec des poches dessous et des larmes qui coulaient, comme un robinet resté ouvert. Ce qu’il était moche ! C’est pas possible d’être aussi moche ! Mais pas moche à faire peur, non. Plutôt moche à dégoûter.

Raconter l’histoire, c’était comme être à nouveau dans la haie. Ça m’a fait frissonner.

— Je pourrais jamais l’oublier, c’est sûr. Et puis d’un coup… D’un coup, il a fondu en larmes. Je veux dire vraiment fondu… Il est rien resté de lui, quoi ! Tellement il pleurait qu’à la place y avait plus qu’une flaque d’eau.

Emma et moi on est restées silencieuses.

— Je crois bien que je l’ai tué, j’ai murmuré. De sa façon à lui de mourir, quoi. C’est affreux. Je lui ai tellement fait peur que ça l’a tué.

À leur tour, mes yeux étaient pleins de larmes. J’avais pas envie qu’Emma me voie comme ça, alors j’ai regardé mes pieds.

— T’as pas pris de photo ? elle m’a demandé.
— J’y ai pas pensé, j’ai soupiré. Enfin si, mais trop tard. J’ai juste pris la flaque.

Je la lui ai montrée sur mon téléphone. Elle a froncé les sourcils. Puis elle a agrandi la photo, et pointé quelque chose, et a dit, pensive « Des larmes et des bulles… » Et puis elle a fait une recherche et, me montrant l’écran, a ajouté « C’est ça que tu as vu ? » J’ai pas pu me retenir de crier. C’était juste un dessin, mais c’était exactement ça. Aussi moche qu’en vrai.

— Alors c’est pas une légende… a dit Emma. J’ai lu un livre qui parle d’un tas de créatures imaginaires, du monde entier. Parmi elles, y en a une très timide et très laide, et si triste d’être aussi laide et seule qu’elle pleure tout le temps sur son sort. Il paraît qu’un jour, un chasseur l’a capturée et enfermée dans un sac, mais quand il a ouvert son sac, il y avait rien d’autre dedans que de l’eau. Des larmes et des bulles.

On s’était arrêtées à quelques mètres de l’école. Les autres nous saluaient, mais c’est à peine si on leur répondait.

— Et elle a un nom, cette créature ? j’ai demandé.
— Ouais, a répondu Emma. C’est un squonk.
— Un squonk, j’ai répété. Y avait un squonk dans ma haie, peut-être le seul au monde, et je l’ai tué.
— Non, a souri Emma, tu l’as pas tué. C’est sa façon de s’échapper, pas de mourir. Après, il a dû reprendre sa forme.
— Je préfère ça, j’ai dit, soulagée. En tout cas, c’est une sacrée découverte ! Tu te rends compte ? Il faut qu’on dise aux gens que c’est pas une légende !
— Je crois surtout qu’il faut le laisser en paix, Howie, m’a stoppée Emma. Imagine sa vie, si ça se sait.

J’ai réfléchi. Elle avait raison. Vu comme sont les gens, ils allaient chercher à le capturer. L’enfermer, l’étudier et sûrement le disséquer. C’était mieux de rien dire à personne. Y avait plein de bestioles dans le monde qui existeraient encore si on les avait prises pour des légendes, comme les dodos, ou peut-être même les licornes. Et puis, ça faisait un secret juste à nous deux, et ça me plaisait bien.

— Allez, j’ai dit, ça va bientôt sonner.

Et ensemble on a franchi le portail de l’école.

un peu d’allemand